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À la découverte de Frank Martin

À la découverte de Frank Martin

Compositeur majeur du XXe siècle, souvent considéré comme le chef de fil des compositeurs suisses romands, Frank Martin a laissé une empreinte unique dans l’histoire de la musique. Son activité de créateur s’étend pratiquement sur tout une vie puisque son premier manuscrit connu date de 1899 et que sa dernière œuvre achevée, la cantate de chambre Et la vie l’emporta, est composée l’année même de sa mort, en 1974. Inspirée de J.-S. Bach, c’est une sorte de retour à la source pour Frank Martin dont la carrière de compositeur est sans doute due au choc esthétique que représenta l’audition, à l’âge de 12 ans, de la Passion selon Saint Matthieu, à la Cathédrale Saint Pierre de Genève. Frank Martin fit souvent le récit de cette expérience, comme dans le portrait que lui consacre la Télévision suisse romande, en 1970 :

J’ai été mis dans une sorte d’extase, de sorte que depuis le commencement jusqu’à la fin, je ne peux plus me rappeler un seul souvenir. J’ai été pris, emmené dans un autre monde. J’étais comme transporté au Paradis. C’est une expérience que j’ai toujours voulu refaire dans ma vie mais que je n’ai jamais refaite, qui est absolument unique. 

J’ai été mis dans une sorte d’extase, de sorte que depuis le commencement jusqu’à la fin, je ne peux plus me rappeler un seul souvenir. J’ai été pris, emmené dans un autre monde. J’étais comme transporté au Paradis. C’est une expérience que j’ai toujours voulu refaire dans ma vie mais que je n’ai jamais refaite, qui est absolument unique. 

Frank Martin étudia en privé avec le compositeur suisse Joseph Lauber (1864-1952), son « maître d’un point de venu technique » qui lui appris aussi – et les éditeurs l’apprécient encore aujourd’hui-, « une chose très importante : […] écrire proprement la musique » ! La sensibilité artistique de Frank Martin, mêlant traditions (parfois très anciennes) et avant-garde transparaît dans des œuvres d’inspiration originale et d’une grande richesse expressive. Parmi les compositeurs suisses, il fait partie de ceux qui ont toujours refusé de choisir entre esthétique latine et germanique, à l’instar d’Emile Jaques-Dalcroze (1865-1950), dont il fut l’élève et l’ami. Si Frank Martin explore divers modes d’écriture – passant d’un style post-romantique à néo-classique puis, marqué par le dodécaphonisme, à une écriture très chromatique, puisant dans les rythmes antiques ou orientaux, s’inspirant tant du Moyen Age que du jazz-, il est toujours resté concentré sur son propre chemin. Son œuvre, immédiatement reconnaissable, porte sans aucun doute la marque de cette longue et libre maturation.

Frank Martin s’est exprimé sur sa musique à de nombreuses reprises. Citons par exemple Entretien sur la musique ou Un compositeur médite sur son art. Une partie de sa correspondance a également été éditée, notamment ses échanges avec d’autres figures centrales de la musique en Suisse telles Ernest Ansermet (1883-1969), fondateur de l’Orchestre de la Suisse romande ou encore Victor Desarzens (1908-1986), fondateur de l’Orchestre de chambre de Lausanne, pour n’en citer que deux. Enfin, il faut mentionner une archive de la Télévision suisse romande qui permet d’entendre Frank Martin et même de le voir au travail : en septembre 1970, à la veille de son 80ème anniversaire, pour l’émission Personnalités suisses, le compositeur livre un long entretien durant lequel il déroule sa mémoire et ouvre pour ainsi dire son atelier. L’on y découvre un homme joyeux et très vif, généreux en anecdote et très à l’aise avec le fait de communiquer sur son métier de compositeur :

En fait, le sentiment exprimé n’a que peu d’importance ; ce qui importe c’est que l’œuvre soit belle, c’est que l’artiste l’ait conçue et portée dans cette région de son esprit qui est au-delà de la joie et de la souffrance, qui est par conséquent inexprimable, mais qui peut quelque fois s’incarner dans une œuvre d’art. 

Frank Martin a également fait l’objet de nombreuses publications, livres et articles – ce d’autant plus que 2024 a marqué les 50 ans de sa disparition. Parmi les plus récentes, citons l’ouvrage d’Alain Corbellari, Frank Martin, un lyrisme intranquille, paru en 2021, solide introduction à la musique et la pensée du compositeur, qui propose un parcours synthétique mais non moins riche de tout son œuvre. Du même auteur, citons encore Frank Martin. Célébrer sa musique. Guide pour les interprètes et les programmateurs, brochure illustrée à notre avis susceptible d’intéresser un public plus large que ne l’indique son titre, grâce notamment à une belle chronologie biographique ornant le bas de chaque page, document qui plus est téléchargeable gratuitement (voir lien ci-après). Ce sont là de précieuses sources pour qui voudrait faire plus ample connaissance avec cette figure incontournable de l’histoire de la musique ainsi qu’avec la foisonnante vie musicale suisse du début du XXe siècle.

Céline Eliseev

Bibliographie indicative : 

  • Site officiel Frank Martin : https://www.frankmartin.org/ . 
  • Lien de téléchargement de la brochure Frank Martin. Célébrer sa musique. Guide pour les interprètes et les programmateurs : 
    https://www.frankmartin.org/wp-content/uploads/2025/06/Frank-Martin-Celebrer-sa-musique-edition-2025.pdf 
  • Page dédiée à Frank Martin sur Musinfo, centre d’information sur la musique suisse :
    https://www.musinfo.ch/fr/personen/autoren/?pers_id=258&abc=M 
  • Alain Corbellari, Frank Martin. Un lyrisme intranquille, Lausanne, EPFL Press, 2021. 
    Quelques propositions parmi les textes de Frank Martin et la correspondance publiée :
  • Frank Martin, Un compositeur médite sur son art, Neuchâtel, La Baconnière, 1977. 
  • Frank Martin et Jean-Claude Piguet, Entretiens sur la musique, Neuchâtel, La Baconnière, 1977. 
  • Frank Martin et Ernest Ansermet, Correspondance (1934-1968), éd. Jean-Claude Piguet, Neuchâtel, La Baconnière, 1976. 
  • Frank Martin, Lettres à Victor Desarzens. Témoignages de collaboration entre le compositeur et son interprète, Lausanne, L’Âge d’homme, 1988. 
  • Frank Martin et Jean-Claude Piguet, Correspondance (1965-1974), sous la dir. de François Félix, Genève, Georg, 2001. 
    Référence audiovisuelle : 
    Personnalités suisses, « Frank Martin », Télévision suisse romande, 14 septembre 1970.
    Visionnable en ligne : https://www.rts.ch/archives/1970/video/frank-martin-1-26395595.html